Les produits laitiers

D'un point de vue nutritionnel, le groupe des produits laitiers est formé par les aliments suivants:

  •  le lait (de vache, de brebis, de chèvre...)
  • les fromages (de vache, de bufflesse, de brebis, de chèvre...)

  • les yaourts (ou kéfirs)

 Ils sont parfois inclus dans le groupe "viande et substituts" car leur caractéristique principale est leur richesse en protéines, ce qui exclut de ce groupe la crème et le beurre, rattachés aux matières grasses. Il est démontré que les protéines animales sont de meilleure qualité que les protéines végétales, car elles contiennent tous les acides aminés essentiels, et dans les bonnes proportions. Les produits laitiers se différencient toutefois de la viande par leur richesse en calcium, ce qui explique qu'ils peuvent encore être considérés comme un groupe distinct. La question est maintenant de savoir si un apport en calcium élevé a un effet positif sur la santé !

Plus de calcium = moins d'ostéoporose ?

Je m'intéresse de près au calcium et à la vitamine D depuis plusieurs années, ces 2 nutriments étant liés concernant l'ostéoporose. En effet, la vitamine D permet l'absorption du calcium: plus les apports calciques augmentent, plus la vitamine D active diminue, et moins on a de réserve en vitamine D, moins on absorbe de calcium.

 Je me suis toujours demandé pourquoi on devrait consommer autant de produits laitiers (donc de calcium) alors que de nombreuses populations, de l'Afrique au Japon, n'en consomment pratiquement pas et n'ont pas plus d'ostéoporose que chez nous (et même moins !).

 En 2008, j'ai donc entrepris un travail de recherche pour tenter d'élucider ce point. Il s'agit d'une revue de la littérature, ce qui signifie que j'ai simplement compilé toutes les études pertinentes sur ce sujet pour les analyser. En principe, les études qui amènent un niveau de preuve satisfaisant sont celles de type "intervention randomisée en double aveugle": 2 groupes sont formés au départ, l'un reçoit un placebo (sans le savoir), l'autre la substance que l'on souhaite évaluer, pour une durée qui va généralement de quelques semaines à quelques mois. Cela fonctionne assez bien pour des médicaments, pour lesquels on veut prouver qu'ils sont efficaces; le calcium n'est pas un médicament, et la dynamique de l'ostéoporose est mal connue. Les experts affirment que les produits laitiers consommés pendant l'enfance et l'adolescence vont permettre d'augmenter le pic de masse osseuse, donc augmenter sa densité, et que cela devrait retarder l'apparition de l'ostéoporose 50 ans plus tard... Ce qui veut dire que si on voulait faire une étude sérieuse en double aveugle, il faudrait suivre des centaines de personnes pendant toute leur vie, en contrôlant précisément tous leurs apports alimentaires, ce qui est évidemment impossible ! On ne peut donc se baser que sur des études d'observation, qui permettent seulement de mettre en évidence des relations entre un facteur et une maladie, et non une causalité, ce qui est très différent.

 Il n'y a donc que des études d'intervention à court terme qui montrent qu'un apport calcique élevé permet d'augmenter la densité osseuse; cette augmentation ne prouve en rien que le risque de fracture est diminué par la suite. Ces études devraient être entreprises pour confirmer ce que les études d'observation nous indiquent; le problème est qu'aucune étude d'observation ne montre que 3 produits laitiers par jour diminueraient le risque de fracture !

 J'ai tenté de faire publier mon étude sur une revue française de première importance dans le domaine de la nutrition, sans succès. C'est ce qu'on appelle un biais de publication: les études qui s'opposent aux dogmes officiels ne sont tout simplement pas publiées et restent dans un tiroir, à moins de la mettre sur internet, mais beaucoup moins visible, comme je le fais maintenant.

 Voilà pourquoi il est très difficile de lutter contre les idées préconçues, et l'endoctrinement dont nous sommes victimes, entretenu soigneusement par les lobbies de l'agroalimentaire...

Les organismes officiels (des pays occidentaux) recommandent un apport de 900 à 1000 mg de calcium pour les adultes, et même plus pour les adolescents, les personnes âgées ou les femmes allaitantes. Cet apport calcique minimal pourrait être couvert par la consommation de 3 produits laitiers par jour. Ce chiffre se base sur des études démontrant qu'un tel apport permet d'atteindre la densité osseuse maximale, et par conséquent de prévenir l'ostéoporose. Il y a malheureusement de nombreux problèmes en relation avec cette hypothèse:

 

  1. Toutes les études d'observation sur les différentes population dans le monde montrent que les pays qui consomment le plus de produits laitiers ont plus d'ostéoporose.

  2. Aucune étude n'a jamais pu démontrer qu'un jeune adulte ayant une densité osseuse élevée aura moins de risque de fracture quand il sera vieux.

  3. La densité osseuse n'étant pas le seul critère de fracture, est-il bien utile d'avoir une densité maximale si une densité moindre est suffisante ?

  4. Un apport en calcium élevé stimule la formation des ostéoblastes (les cellules qui fabriquent l'os) et, comme toutes les cellules, ceux-ci ont un taux de renouvellement limité; c'est en les surutilisant toute la vie que leur taux pourrait s'effondrer au 3e âge, et provoquer les fractures.

  5. Une alimentation trop riche en céréales, produits sucrés et viande est acidifiante et augmente les pertes de calcium, et par conséquent les besoins en calcium.

  6. Beaucoup d'études ne tiennent pas compte du taux de vitamine D, et encore moins de l'apport en magnésium ou en vitamine K2, tous ces facteurs étant pourtant capitaux pour la santé de l'os.

Ce dernier point est crucial:

  • plus le taux de vitamine D est élevé, moins on a besoin de calcium, car il est mieux absorbé

  • un apport calcique élevé abaisse simplement le taux de vitamine D active pour éviter d'en absorber en excès

  • le calcium et le magnésium se font concurrence au moment de l'absorption, et un apport calcique élevé va donc empêcher le magnésium d'être absorbé, alors que ce minéral est déjà déficient dans l'alimentation de nombreuses personnes. Le magnésium est pourtant aussi important que le calcium dans la formation osseuse

  • un taux de calcium élevé dans le sang va favoriser la calcification des artères et la formation de la plaque d'athérome (qui n'est pas faite que de cholestérol !) à moins qu'une quantité suffisante de vitamine K2 ne le dirige vers l'os et active l'ostéocalcine pour l'incorporer à la masse osseuse.

En résumé, il faut mieux se préoccuper de son taux de vitamine D et avoir un apport en calcium plus modeste, qui peut facilement être couvert en consommant suffisamment de fruits et légumes, complétés éventuellement par une seule portion de produits laitiers. Les végétariens peuvent éventuellement en consommer deux pour compenser le déficit en protéines et graisses animales (donc en vitamines A, D et K). Gardons à l'esprit que consommer 3 portions par jour et non seulement inutile mais risqué, car cela augmente notre taux d'IGF-1 de 10 %, un facteur de croissance des tumeurs cancéreuses. Les principales protéines du lait, les caséines, sont également soupçonnées de favoriser les cancers...