Alimentation et spiritualité

Quelles sont les relations entre religion et alimentation ?

Comment un athée peut-il intégrer une dimension spirituelle dans son alimentation ?

 

 

 

 

 

 

Selon moi il y aurait 3 aspects distincts caractérisant ces relations :

  1. le choix des aliments (aliments ou associations interdits, abstinence, hygiène...)

  2. le rituel associé aux repas

  3. les pratiques concernant le jeûne (complet ou partiel)

 

Dans le cadre de cet article, j'évoquerai très sommairement les 2 premiers points, et développerai plus le point 3, en raison de mon intérêt et de mes compétences personnelles, mais aussi parce que ses implications pour la santé sont tout simplement capitales.

 

Choix des aliments

Chaque religion a des règles plus ou moins strictes sur le choix des aliments, donc la référence à des aliments interdits, ou autorisés seulement dans certaines conditions. Si cela peut avoir un sens dans un contexte historique, pour éviter par exemple la propagation de maladies à une époque ou on ne connaissait pas les antibiotiques, il faut bien admettre que la complexité de ces règles et les différences, voire contradictions entre les communtautés, démontrent surtout leur aspect arbitraire.

Le but de ces règles vise plus à unir une communauté, en la liant par des pratiques spécifiques qui servent de signes de reconnaissance. Mais l'arbitraire génère l'incompréhension, la divergence et ne fait que nourrir les luttes de religions.

 

Pour les musulmans, si un rat tombe dans un vase d'huile, l'huile devient impure et doit être jetée. Si le rat tombe sur une motte de beurre, seule la partie touchée doit être enlevée. Voilà une règle qui me paraît pleine de bon sens, plus en relation avec l'hygiène que la religion d'ailleurs, et que tout le monde devrait appliquer. Que le porc soit considéré comme impropre à la consommation dans une région déshéritée, où il se nourrit de détritus et de déjections, répond à une certaine logique. Mais le porc que l'on consomme chez nous actuellement n'est pas forcément plus malsain que la vache, à condition qu'il ne soit pas nourri avec des farines animales douteuses ou du soja OGM.

Il y a une certaine logique également à éviter de consommer des animaux carnivores, car les toxines et les polluants s'accumulent dans la chaîne alimentaire. C'est pour cela qu'il est déconseillé de manger du thon trop souvent, car ce gros poisson se nourrit d'autres poissons qui contiennent déjà une certaine quantité de mercure. La concentration en mercure sera donc supérieure dans le thon, le requin ou l'espadon. Cela n'a rien à voir avec la religion, c'est une réalité scientifique ; la religion s'attache plus à la signification symbolique : la férocité des animaux carnivores se transmettrait à celui qui les mange, ou manger le sang c'est manger l'âme.

 

Manger du poisson le vendredi est une excellente idée issue de la religion chrétienne ; par contre il vaudrait mieux ne pas se limiter au vendredi...

Le point commun positif de toutes les religion est certainement de viser à un plus grand respect de l'animal et à diminuer sa souffrance. La notion de végétarisme est avancée, mais pas imposée, en favorisant une prise de conscience sur la consommation de viande. Seuls quelques bastions extrémistes (certains boudhistes ou catholiques sectaires) prônent le végétalisme, soit l'exclusion totale des produits animaux.

Moine trappiste

Les interdits concernant l'alcool ont bien sûr aussi un sens : s'enivrer tous les jours n'est ni spirituel, ni favorable à la santé. Un excès de caféine peut aussi être néfaste s'il perturbe notre sommeil, ou augmente trop la tension artérielle chez certaines personnes plus sensibles. Par contre, il serait dommage de se priver complètement de vin rouge, de thé ou de café pour des motifs religieux, car ils contiennent des trésors nutritionnels, substances végétales secondaires, antioxydants, flavonoïdes : ils forment à eux trois la principale source de ces éléments dans l'alimentation de l'homme occidental type.

Rituel associé aux repas

Toutes les religions incitent leurs adeptes à effectuer une véritable reflexion sur l'acte de manger ; il s'agit le plus couramment d'un rituel qui précède le repas, une prière permettant sa sacralisation et remerciant Dieu, la Nature qui nous l'offre. En nous concentrant sur ce moment particulier, nous le valorisons.

 

Vous avez dit modération ?

Les boudhistes vont encore plus loin dans cette démarche et utilisent les aliments comme support de méditation. Ils utilisent la nourriture offerte pour entretenir le corps et le maintenir en bonne santé. Le but est de détruire la sensation précédente de faim sans produire une nouvelle sensation de réplétion, générant un autre incomfort. Le moine boudhiste mange en silence, dans une vigilance analytique appelée sati ; on remarquera au passage cette curiosité éthymologique reliant sati à sati-été. C'est bien par une écoute attentive de ses sensations que l'on peut s'arrêter de manger quand on est rassasié. Les moines s'appliquent à contempler leur nourriture selon les divers aspects qui y sont liés, dans un véritable esprit de méditation  et de non attachement: la connaissance des ingrédients qui la compose, et la véritable nature non attirante, non permanente des aliments.

Pour un athée, il n'est pas nécessaire d'aller si loin et je pense même que le concentration requise pour un repas peut s'exercer simplement sur le plaisir que les aliments nous procurent. Il faut se focaliser sur cette sensation de plaisir maximal au début du repas, quand la faim est encore présente, puis sentir comment ce plaisir diminue progressivement, puis finit par disparaître, indiquant que le point de rassasiement est atteint. Le plaisir est procuré par nos 5 sens, et pas seulement le celui du goût : voir une belle assiette colorée et soigneusement présentée, sentir les effluves qui s'en dégagent, toucher un fruit pour en apprécier sa maturité, entendre le bruit causé par un aliment croquant, tous les sens peuvent aider à faire de chaque repas une fête.

Pratiques concernant le jeûne

Toutes les religions suggèrent ou imposent une forme de jeûne, plus ou moins restrictive en qualité et plus ou moins longue dans la durée. Le carême est de moins en moins pratiqué par les chrétiens en occident, mais il reste très respecté par les orthodoxes. Toutefois, même si cette période commémore les 40 jours de jeûne de Moïse avant la remise des Tables de la Loi, ainsi que les 40 jours de jeûne de Jesus dans le désert, il s'agit de nos jours d'une restriction plutôt qualitative visant principalement à supprimer la viande et avoir ainsi une alimentation « maigre ».

 

Le ramadan des musulmans est certainement plus strict, malgré une durée un peu moins longue.

Le plus dur pour eux est vraisemblablement de rester toute la journée sans boire, et cela constitue d'ailleurs une grave erreur sur le plan physiologique.

Si l'esprit du ramadan est respecté, il doit y avoir finalement une restriction calorique sur les 24 heures, donc également sur l'ensemble du mois. Malheureusement, celui qui le pratique seulement par obligation aura tendance à se suralimenter après le coucher du soleil, et par conséquent se coucher avec le ventre repu, ce qui ne favorise pas le sommeil, ni la santé en général.

Concernant les boudhistes, je relèverais que les moines ne peuvent plus manger après midi, jusqu'au lendemain matin, et cela tous les jours de l'année. On verra plus loin quel est l'intérêt de cette pratique.

 

Mitochondrie en 3D

En effet, j'en arrive maintenant aux implications physiologiques du jeûne, et surtout à son intérêt.

Tous les physiologistes sérieux sont unanimes à ce sujet : jeûner permet, sous certaines conditions, de détoxifier le corps et de le régénérer. C'est une des clé de guérison en usage depuis l'Antiquité dans la plupart des civilisations. Recommandé ou imposé comme méthode spirituelle, le jeûne de courte durée permet non seulement d'apaiser le corps et le mental, d'augmenter sa capacité de vigilance, mais est un outil très puissant pour rester en bonne santé et augmenter son espérance de vie ! Il ne s'agit pas d'une pénitence, mais d'une bénédiction !

Son action principale est sur préservation de la fonction mitochondriale : les mitochondries sont des organismes ressemblant à des bactéries, à l'intérieur de chaque cellule, qui sont de véritables usine de production énergétique. Le déclin de la fonction mitochondriale est un des premiers facteurs de vieillissement.

 

Jeûner fait pourtant peur : cela est dû à notre dépendance aux glucides (sucres), qui va nous mettre dans un état de « manque » après quelques heures seulement. Il est possible de réduire l'impact de ce passage difficile, dans une première étape, en diminuant progressivement les glucides de notre alimentation. En deuxième étape, on pourra augmenter la durée effective du jeûne, pour atteindre au minimum 16h par jour, ce qui revient à répartir ses repas dans une fenêtre horaire de 8h au maximum. On parle ici de « jeûne intermittent » ou en anglais TRF (Time Restricted Feeding).

L'objectif est d'habituer notre organisme à brûler les graisses sans délai, ce qui n'est pas possible quand on mange toute la journée et qu'on ne laisse que 8 heures de jeûne pendant la nuit.

La graisse est un carburant plus propre que le sucre, car sa combustion génère nettement moins de radicaux libres. Un excès de radicaux libres finit par endommager les mitochondries. La plupart de nos cellules, celles qui sont en bonne santé, ont la capacité à brûler les graisses prioritairement. Celles qui ne l'ont pas, les cellules du cerveau par exemple, peuvent parfaitement utiliser un autre carburant que le sucre, qui est un résidu de la combustion des graisses : les corps cétoniques.

Ceux-ci ont également un autre avantage : ils ont un effet coupe-faim, ce qui facilite l'adhésion à un régime cétogène ou à un jeûne de plus longue durée.

 

D'autres cellules sont incapables de brûler les graisses : ce sont les cellules cancéreuses ! Voilà qui explique pourquoi le jeûne, ou un régime sans glucides et riche en matières grasses peut être une arme décisive contre le cancer.

Nous commençons à réaliser que la dysfonction des mitochondries est au coeur de nombreuses maladies, et qu'une intervention nutritionnelle – pas seulement les aliments en soi, mais aussi quand et à quelle fréquence on mange- est d'une importance capitale.

Chaque cellule de notre corps réagit au jeûne de la même manière que lorsqu'on pratique une activiré physique. Il s'agit en fait d'un stress biologique -positif car limité dans le temps- générant de nombreux bénéfices pour la santé globale : parmi ceux-ci on peut citer la normalisation de la sensivité à la leptine et à l'insuline, la normalisation des niveaux de ghréline (hormone de la faim), l'augmentation de la production naturelle d'hormone de croissance, la réduction du stress oxydatif et la diminution des triglycérides dans le sang.

 

Un autre effet positif du jeûne est la stimulation de l'autophagie, processus dans lequel notre corps se mange lui-même dans le but de supprimer des parties endommagées. Ce processus particulier permet de « nettoyer la maison » en recyclant les éléments. Cela joue aussi un rôle dans le contrôle du niveau d'état inflammatoire de notre corps. Certaines études suggèrent que le jeûne intermittent (ou TRF) pourrait améliorer la fonction cognitive, la structure du cerveau, et nous aider à apprendre plus facilement.

 

On vient de découvrir par ailleurs un nouveau bénéfice inconnu jusqu'ici : la régénération des cellules souches ; elles constituent le stock de cellules indifférenciées que le corps peut utiliser pour renouveler et réparer tous les tissus.

 

Je précise que tous ces bénéfices peuvent être partiellement obtenu avec un régime cétogène (très pauvre en sucre, modéré en protéines et riche en graisses) et que ce dernier renforce l'effet du jeûne. Il permet aussi de débuter un jeûne plus facilement puisque le corps est déjà entraîné à brûler les graisses.

Il y a de plus en plus de preuves que si les cellules sont fournies en carburant au moment où elles n'en ont pas besoin, il y a une augmentation supplémentaire de la production de radicaux libres, donc endommagement des mitochondries. Cela est le cas quand on mange juste avant d'aller dormir ! Ceux qui ne souhaitent pas s'engager dans la voie du TRF peuvent déjà avancer l'heure du repas le soir afin de rester au moins 3 heures sans manger avant d'aller dormir. Cela est déjà un premier pas vers une préservation des mitochondries.

 

Même si toutes les variantes sont possibles, cette contrainte du soir implique un TRF du type :

7h : petit déjeûner copieux

12h : repas principal

15h : collation ou repas léger.

ou bien

12h : petit déjeûner copieux

15h : collation

18h : repas principal.

 

Le TRF est sain pour la plupart des gens, il faut néanmoins prendre quelques précautions si l'on a des problèmes de santé à la base (diabète, troubles de la fonction surrénalienne...) et est déconseillé aux femmes enceintes.

Les jeûnes d'une longueur supérieure ont également un intérêt pour la santé, mais il faut tenir compte d'autres facteurs physiologiques importants pour éviter certains effets qui pourraient être néfastes, et il vaut mieux être suivi par quelqu'un qui connaît le sujet. Il est possible de jeûner 24 heures consécutives par mois, comme une semaine complète par année. Le point principal est d'assurer une bonne hydratation. De plus longues durées de jeûne n'ont pas de réel intérêt pour la santé, mais présentent plutôt des risques.

 

Historiquement parlant, et sans aucune référence à la religion, le jeûne intermittent irrégulier était pratiqué par nos ancêtres du paléolithique puisqu'ils n'avaient pas un accès régulièrement assuré à la nourriture. Revenir bredouille de la chasse signifiait le plus souvent devoir jeûner jusqu'au lendemain, voire plus. Notre patrimoine génétique est conçu pour ce mode de vie. La surabondance de nos sociétés occidentales modifie profondément le fonctionnement de notre corps, et nous rend malade.

 

Tous les conseils donnés actuellement par les professionnels de la santé, qui cherchent à nous faire manger le plus régulièrement possible dans la journée, à répartir et fractionner ses repas, à ne pas sauter le petit déjeûner, ont peu d'intérêt en comparaison et tiennent compte d'un seul facteur : notre addiction au sucre.

 

Encore un mythe bien implanté dans les esprits, et qui sera difficile à ébranler.

« Manger est un acte sacré. Il est nécessaire d’être pleinement conscient de ce que l’on fait. » Rabbi Naham de Brazlaw

 

« C’est au cours d’un dîner copieux que la spiritualité de l’homme se manifeste avec le plus d’évidence. » Somerset Maugham

 

« Boire et manger maintiennent l’âme et le corps rassemblés. » Heinrich Böll

 

 « Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger. » Molière

Plaisir et désir

Epicure, philosophe grec

« Le plaisir n’est pas en mal en soi, mais certains plaisirs apportent plus de peine que de plaisir. »

 « Celui qui ne sait pas se contenter de peu ne sera jamais content de rien. »

 « Rien ne peut suffire à celui qui considère comme étant peu de chose ce qui est suffisant. »

 « A propos de chaque désir, il faut se poser cette question : quel avantage en résultera-t-il si je ne le satisfais pas ? »

 « Parmi les désirs, les uns sont naturels et nécessaires, les autres naturels et non nécessaires, et les autres ni naturels ni nécessaires, mais l’effet d’opinions creuses. »

 « Mon cœur est saturé de plaisir quand j’ai du pain et de l’eau. »

  « Tout plaisir est, de par sa nature même, un bien, mais tout plaisir ne doit pas être recherché ; pareillement toute douleur est un mal, mais toute douleur ne doit pas être évitée à tout prix. »

 « Tous nos actes visent à écarter de nous la souffrance et la peur. » Epicure

 

 « La tranquillité de l’âme provient de la modération dans le plaisir. » Démocrite

 « Celui qui distingue la vraie saveur de ce qu’il mange ne sera jamais un glouton ;

celui qui ne le fait pas ne peut pas être autre chose. » Henry David Thoreau

 « La moitié d’une orange goûte aussi sucrée qu’une orange entière. » J.W. von Goethe

 « Si ce que tu manges ne te grise pas, c’est que tu n’avais pas faim. » André Gide

 « L’absence de faim est un drame sur lequel nul ne s’est penché. » Amélie Nothomb